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Au départ de l'école primaire de Blesle
Sur les routes du Cézallier avec Julien
Le petit village de Vèze
Poursuivis par un troupeau de Salers !
Installation du bivouac dans les estives

Imaginez de vastes plateaux d'herbe rase battus par les vents, des chapelets de sommets arrondis abritant les vestiges d'anciens volcans, des kilomètres de petites voies cabossées se faufilant entre ciel et terre. Un décor immense, aux limites indistinctes, où quelques fermes isolées viennent à rappeler que la vie humaine s'est malgré tout installée dans ces lieux qu'on peut sans doute qualifier de derniers espaces sauvages de France. Ce pays, c'est le Cézallier, une petite enclave naturelle qui s'est créée au coeur de l'Auvergne, dans le département du Cantal, et que nous avons choisi pour servir de cadre à ce nouveau projet.

Un choix au demeurant peu surprenant car Julien, l'initiateur de cette aventure, connaît bien le plateau pour lui avoir consacré deux ans d'études dans le cadre de son cursus de géographie. Une connaissance qui est loin d'être partagée par le public. Aussi devenait-il passionnant de réhabiliter le Cézallier tout en posant cette question : à l'heure où les destinations exotiques sont démocratisées par les médias, où le voyageur, pour sortir de l'anonymat, doit repousser les limites au péril de sa vie, était-il possible de faire rêver les gens par des aventures simples et proches de nous ? Nous avons, Julien et moi, répondu oui à cette question, affichant une volonté commune de faire vivre le voyage-aventure autrement. Pour l'occasion, une problématique autre que la seule découverte régionale et culturelle a été développée.
Au cours de nos différents voyages, nous avons pu constater que l'environnement souffre énormément de la négligence des hommes à son égard. Personne n'est plus surpris de trouver les fossés et les champs truffés de détritus en tout genre.
La banalisation des déchets sur le bord des routes ou éparpillés dans la nature est intolérable. Outre le parjure qu'elle constitue à l'égard de cette Terre qui nous nourrit et nous abrite, elle est aussi le plus mauvais des exemples que nous pouvons donner à nos propres enfants. Mesurons-nous seulement l'impact que ces gestes inciviques peuvent avoir sur l'environnement ? Et pouvons-nous réellement imaginer le volume représenté par ces déchets livrés à la nature ?

En collaboration avec l'atelier vélo-environnement du collège Albert Camus de Clermont- Ferrand où exerce Julien comme surveillant ainsi qu'avec les écoliers de Blesle - travaillant sur un projet environnemental de trois ans - nous avons choisi d'orienter notre aventure sur le thème du déchet. Objectif : récolter tout ce que nous trouvons au bord de la route afin de faire la démonstration que, même dans un environnement aussi préservé que le plateau du Cézallier, les comportements humains irrespectueux sont visibles. Nous allons donc tirer derrière nous une petite remorque qui servira tout le long à cette collecte un peu spéciale.

Second objectif du voyage : mettre en valeur les paysages du Cézallier. Il nous a paru surprenant de constater que, au sein même de l'Auvergne, certains habitants ignorent tout de ce lieu pourtant incontournable dans la région. On parle de la chaîne des Puy, des Monts du Cantal, voire plus au sud des Causses mais le Cézallier fait office de grand inconnu. Nous avons donc souhaité le réhabiliter à la connaissance du plus grand nombre, initiant par là même un nouveau concept de reportages futurs à travers la France. De cette semaine à vélo, je vais ramener plus de 400 photos dont de très nombreux panora- miques. De quoi assurer la rédaction d'un petit livre et la réalisation d'un diaporama. Par ailleurs, nous avons été suivis par Pierre, membre du club de cinéastes amateurs de Cler- mont, qui s'est chargé de réaliser un petit film de ce périple. L'ensemble de ce matériel - livre, film et diaporama - ne sera cependant pas disponible pour le public avant le printemps 2008. Voici, d'ici là, un petit résumé de ce joli voyage à vélo.
Sur les grandes pistes traversant les estives
Le buron : l'habitat traditionnel auvergnat
Julien et Amélie on the road
Le monastère orthodoxe de La Traverse
Franchissement d'un passage canadien
Les orgues basaltiques de Neussargues
Amélie face à l'immensité du Cézallier
Le col de la Croix de Baptiste

Nous avons une invitée avec nous en la personne d'Amélie Lesaffre, éco-éducatrice à la ville de Paris et qu'avait rencontrée Julien lors d'un salon. Enthousiasmée par le projet, elle décide de venir pédaler en notre compagnie. Le coup d'envoi est donné de la cour de l'école primaire de Blesle où les enfants nous font une haie d'honneur en poussant des hourras d'encouragement. Cette première partie nous fait d'abord visiter la zone la plus représentative du Cézallier, celle des hauts plateaux et des estives, que nous atteignons après avoir passé Parrot. Au-delà de ce petit village, l'espace s'élargit à l'infini et se remplit du vert des pâtures. Le relief doux de volcans assoupis ondule mollement comme s'il était porté par ce vent léger courant dans le fond des vallées. Le Cézallier est un havre de fraîcheur et de paix. Les terres y sont aussi immenses que le ciel azuréen s'é- tendant au-dessus de nos têtes.

Par de grandes pistes traversant les estives, nous allons et venons d'un bout à l'autre de cet océan de verdure, profitant de bivouacs exceptionnels qui ouvrent à 360° sur ces espaces pacifiés. Un premier contact enchanteur avant de filer plus au sud vers ce qu'on appelle ici "les Pays Coupés". Autrement dit ces vallons boisés marquant la rupture occi- dentale du plateau avec la plaine. La végétation reprend ses droits et les forêts de frênes et de pins dégringolent le long de grands versants baignés par le soleil. C'est en ces lieux que sont nichés quelques petits villages remarquables comme Vèze ou Peyrusse. Puis c'est la grande descente vers le sud et la ville de Neussargues que dominent les impres- sionnants orgues basaltiques, frontière la plus méridionale du Cézallier. D'énormes coulées de lave figées pour l'éternité et témoignant des origines volcaniques du plateau.

L'étape du dimanche fut sans aucun doute un morceau de choix sur l'ensemble de cette semaine. La plus longue pour commencer, la plus variée pour continuer et aussi la plus folle pour terminer. La première partie, de Neussargues à Allanche, va s'effectuer sur une route départementale sur laquelle nous ramasserons un grand nombre de déchets. Le plus récurrent parmi eux : le paquet de cigarettes. Vient ensuite la bouteille en plastique et la canette. A Allanche, capitale du Cézallier, nous admirons la sculpture en basalte symboli- sant le pastoralisme et la vie des estives. Un ciel voilé nous fait cependant nous presser vers Marcenat, dans la crainte d'un orage. Nous y rencontrons Jeanne, une habitante de 94 ans, qui nous brosse un portrait morose de la vie disparue des villages. Malgré des initiatives locales, les communes jadis dynamisées par le commerce et l'agriculture se vident. Les jeunes les quittent, laissant vieillir leurs aînés et fleurir les résidences secon- daires.

Au sommet de l'éprouvante cote de Montgreleix, nous nous réfugions à l'auberge du Cha- maroux pour échapper à l'orage. Nous y faisons la connaissance de la bande à Marianne, une équipe de joyeux drilles à la langue bien pendue. Malgré la menace de la pluie, nous décidons de tenter la traversée des estives en direction du Mont Chamaroux. Sur la carte aucun sentier n'est visible et on nous dit qu'il y a des clôtures à franchir. Bref, ça ne sera pas facile mais ça aura le mérite de sortir de l'ordinaire. Nous nous y élançons, silhouettes à peine visibles qu'engloutit de plus en plus la masse imposante du Chamaroux. Nous y serons poursuivis par un troupeau de soixante Salers et devrons plus d'une fois basculer les vélos par-dessus les rangées de barbelés. Ca secoue, ça dérape, ça tangue : c'est du vrai sport ! Malgré la carte, on finit par s'écarter du bon chemin, naviguant au milieu des grandes herbes sous le regard faussement passif d'énormes taureaux que nous prenons le soin d'éviter. Mon vélo fait des siennes, un orage cataclysmique s'abat au loin sur le Can- tal : il va s'agir d'arriver vite fait à la Godivelle. Ce que nous faisons, posant la tente sous la pluie après avoir laissé Amélie au gîte. Une installation aussi hilarante que chaotique, suivie d'une séquence strip-tease sous les yeux incrédules d'un pêcheur. Quelle étape !
Un petit coucou à tout le monde !
L'arrivée à Montgreleix après une terrible cote
Fin d'étape au lac supérieur de la Godivelle
A travers les estives du Mont Chamaroux
Les Salers, l'emblème du Cézallier
En route pour Brion
Visite de la tourbière avec Sylvain
Briefing avec Pierre lors de la sortie VTT de l'après-midi

Le lundi c'est la journée où il ne doit pas pleuvoir. Nous avons en effet rendez-vous avec les élèves de l'atelier vélo-environnement du collège Albert Camus. Julien, en collaboration avec les enseignants, a mitonné pour l'occasion un petit programme d'activités démarrant avec la visite de la Maison des Tourbiè- res.

Le musée et la présentation ont un peu vieilli et la découverte sur le terrain de la tourbiè- re est autrement plus intéressante. L'occasion d'en savoir davantage sur ce milieu parti- culier où pousse la drosera, cette fameuse plante carnivoire mangeuse d'insectes. Après un pique-nique à la Godivelle, tout le monde enfourche son vélo pour une randonnée jus- qu'au Brion. Encadrés par Alain, Ibrahim et Nadège, les élèves - Chloé, Elie, Benjamin et Yacine - s'éclatent. L'ambiance est bon enfant et ça fait plaisir de voir le sourire sur le visage des ados. Le soleil nous fête tout l'après-midi, mettant un point final à la réussite de cette journée. Après le départ du groupe, nous repartons à trois vers Boslabert et posons un bivouac absolument sensationnel au-dessus des gorges de Courgoul. De là, le Puy de Sancy semble presque à portée de main.

La suite du voyage va se faire, d'une certaine manière, plus paresseuse. Oh évidemment les routes vallonnées du plateau font toujours autant se raidir nos mollets mais nous prenons encore davantage le temps de les parcourir, nous octroyant de fréquentes pauses pour faire des photographies ou, encore mieux, pour aller à la rencontre des habitants du Cézallier qui nous font régulièrement un accueil chaleureux. Il faut dire que notre accoutrement a de quoi surprendre, en particulier cette mystérieuse remorque que tire derrière lui Julien et qui aide les langues à se délier.

Ainsi nous entretenons-nous avec un couple de retraités à Pouchenirgue, dans le jardin desquels pousse une variété de roses particulièrement odorantes : la fameuse "Papa Meillan". Puis, à Chassagne, nous discutons avec René et Arlette qui évoquent la vie dans les villages reculés. René décrit la haute et la moyenne montagne du Cézallier tandis que sa femme nous fait visiter le patio de leur charmante maison tout en nous montrant les peintures sur faïence qu'elle réalise. Plus tard, lors d'une visite improvisée au village de la Chapelle-Marcousse, nous faisons la connaissance de Serge, l'employé communal, tout affairé à la préparation d'un anniversaire très spécial : celui d'une centenaire, née ici mais habitant Paris et qui revient chaque été dans son village. Il se propose de nous faire visi- ter la chapelle, dont il a les clés : on en profite ! A Ardes-sur-Couze, étrange commune aux volets clos, nous discutons avec Jocelyne, la gérante de la supérette avant d'être invité à un petit pot au siège de la Communauté de Communes en compagnie du président, de Guillaume et d'Aurélien, que connait Julien.

Et ce tour du Cézallier de prendre une dimension profondément humaine où, à chaque rencontre, nous allons au devant de nouvelles histoires que nous content les habitants. Ce sera une fois encore le cas avec Jean, ancien moine et retraité de la sécurité sociale, bénévole à l'église d'Ardes et qui nous fait visiter l'édifice en nous offrant un sourire capa- ble de venir à bout du plus grincheux des hommes. Quel voyage surprenant !
Sur le plateau dominant les gorges de Courgoul
Le bivouac face au Puy de Sancy
Feu de camp à Ardes-sur-Couze
L'affinage du Saint-Nectaire à Auzolles
Sur les rives du lac de Jassy
Les balises du Tour du Cézallier
Georges et Henri, un duo sympathique rencontré à Parrot
Arrivée au Signal du Luguet, point culminant du Cézallier avec 1.551m d'altitude
Tri des déchets à l'école de Blesle

Notre dernière journée de vélo sera chaude, très chaude. Sans compter qu'on ne fera quasiment que monter. Une grande partie de la matinée sera consacrée à remonter vers le plateau par les gorges de Rentières où l'air, presque immobile, est totalement étouffant. Il sera bon de pouvoir ensuite respirer l'air frais des estives. Nous faisons une pause à Auzolle chez Marcelle Barbat, qui nous fait visiter la fabrique familiale de Saint-Nectaire et de Cantal. Le Signal du Luguet grossit à vue d'oeil, sommet le plus haut du plateau culmi- nant à 1.551 mètres d'altitude. C'est là que nous avons choisi de passer la nuit. Une bien belle manière, selon nous, de clôturer en beauté ce tour.

Mais la pente se fait soutenue sous les roues des vélos. La fatigue et le poids des saco- ches nous font souvent mettre pied à terre, sans toutefois entamer notre bonne humeur. Là-haut c'est le désert. Une coupole sombre de résineux coiffe le sommet du Luguet que nous atteignons à pied après avoir installé le bivouac à l'orée. Tous les principaux monts d'Auvergne sont visibles de notre emplacement : du Plomb du Cantal au Puy de Dôme, nous pouvons les compter un par un. Pierre nous rejoindra au bivouac pour une séquence filmée. Nous serons aux premières loges pour assister au spectacle son et lumière provo- qué par un violent orage. Il était temps d'en finir.

La descente sur Blesle est un pur plaisir. Les écoliers en fête nous accueillent dans la liesse la plus complète. Après un petit diaporama improvisé, Julien et moi avons droit à une longue séance de dédicaces. Une bien amusante manière de mettre un point final à ce petit voyage plein de surprises. D.G.




Le projet Cézallier à vélo a été relayé par la presse locale et régionale par le biais du quotidien La Montagne. Un article-bilan est prévu pour un numéro à paraître prochainement. Un film sera réalisé par le club de cinéastes amateur de Clermont-Ferrand. Pour toute demande de reportage ou d'utilisation du matériel textuel et/ou photographique, merci de m'adresser un mail à : david.genestal@wanadoo.fr .

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